Un peu de magie pour vous donner envie d'assister à l'une ou l'autre des manifestations et/ou conférences du Xème Printemps de l'Antiquité en Bretagne (cf. Article précédent)
Merci à Claude et à Martine K. de m'avoir communiqué ce texte de Sérénus Sammonicus.
Nous ne savons que peu de choses de ce poète-médecin : il aurait été assassiné en 212 après J.-C. C'est une chance d'avoir son ouvrage Liber Medicalis (écrit en vers - hexamètres dactyliques) qui nous a été transmis dans son intégralité. Son intérêt ne réside pas dans sa valeur scientifique, mais il nous aide à comprendre la place tenue par les traitements et remèdes faisant appel à la magie, lesquels rencontrèrent tous un grand succès : raison de la transmission de ce texte !
link Traduction de Louis Baudet (Edition bilingue) 1845
La médecine antique, outre la fièvre continue, avait bien noté qu'il y avait aussi des fièvres intermittentes, notamment la "fameuse" fièvre quarte - le paludisme - dont les épisodes réapparaissent tous les 4 jours. Dans le texte ci-dessous, il s'agit de la redoutable fèvre demi-tierce dont les épisodes sont plus rapprochés.
"La fièvre que les Grecs appellent hémitritaion [demi-tierce] est plus dangereuse [que la tierce]. Le nom grec de cette fièvre n’a point été traduit en latin, soit parce que le génie de cette langue s’y oppose, soit parce que les pères et les mères, dans la crainte de porter malheur a leurs enfants, n’ont pas osé lui donner un nom.
Ecrivez sur un morceau de papier ABRACADABRA* ; puis répétez ce mot autant de fois qu’il y a de lettres dans le mot, mais en retranchant chaque fois une lettre, de sorte que le tout ait la figure d’un cône. Cela fait, suspendez avec un fil de lin le morceau de papier au cou du malade.
On prétend que la graisse de lion est aussi un bon spécifique. Le corail et le safran enveloppés dans une peau de chat ont une vertu non moins merveilleuse. Si vous jugez convenable de suspendre du corail au cou du malade, joignez-y avec confiance des émeraudes: ce talisman chassera infailliblement le feu mortel de la fièvre. "
* Vous ne vous attendiez sans doute pas à rencontrer dans un texte latin le mot abracadabra, qui serait soit les les premières lettres des mots hébreux : Abba "père", Ben "fils", Rauch Acadosh "Esprit saint", soit une phrase complète : abreq ad habra "lance la foudre jusque la mort".
Quoi qu'il en soit, le mot et les pratiques se sont conservées jusqu'à aujourd"hui, comme quoi, magie et talismans ont la vie dure...

Le mot français est formé sur l'adjectif latin coccinus : écarlate, lui-même dérivé de coccum, latinisation du grec κόκκος / kokkos qui désigne le kermès (cochenille) un insecte parasite du chêne : de ses oeufs séchés et traités on fabriquait une teinture écarlate.
