Le correspondant du Monde à Athènes, Alain Salles, propose dans l'édition du mardi 9 août une analyse intitulée : Grèce : la dette, la souveraineté et le poète d'Alexandrie.
Alain Salles cite de larges extraits d'un poème de Kavafis (donné ci-dessous in extenso) lequel poème, depuis qu'il a été publié en 1ère page du jοurnal Eleftherotypia / Ελευθεροτυπία en avril 2010, revient très fréquemment dans les discours et les blogs : ne décrit-il pas, avec une précision chirurgicale, ce que peuvent ressentir les Grecs aujourd'hui, tenus de se soumettre à diverses mesures drastiques, et mis sous la tutelle de ce qu'ils appellent la "troïka" ? C'est-à-dire, des "émissaires" de la Commission européenne, de la Banque Centrale européenne et du Fonds Monétaire International.
Extraits de cet article :
"Depuis son origine, en 1830, les "grandes puissances" veillent sur les intérêts de la jeune nation qui naît endettée. Le nouvel Etat doit lesrembourser pour leur aide apportée pendant larévolution grecque. elles s'entendent pour imposer le fils du roi de Bavière comme roi des Grecs, Othon de Bavière, qui fait venir nombre de ses compatriotes pour administrer le pays qu'il doit diriger."
"Alors que la Grèce s'apprête une nouvelle fois à faire défaut (partiellementt et sous le contrôle de l'UE et dela BCE), l'histoire des faillites grecques est désormais connue : cinq défauts depuis 1930. Après celle de 1893, se met en place une Commission financière internationale, avec des Brittanniques, des Français, des Italiens, des Allemands et des Autrichiens, qui contrôle le budget de l'Etat."
"Cette nouvelle tutelle internationale durera pendant le temps du remboursement du prêt, qui peut aller jusqu'à trente ans. La "troïka" et le gouvernement grec asssurent que la situation économique s'améliorera durablement. Mais des économistes éminents en doutent. La population grecque a peur de faire des sacrifices pour rien."
Quelle marge de manoeuvre pour le gouvernement grec et l'Assemblée ? "La souveraineté sera énormément restreinte" reconnaît le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Junker...
Le Parlement grec / Η Βουλή Photo M.R.
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Sans doute, est-ce une façon un peu étonnante et peut-être pas très "attractive"
de faire connaissance avec le poète Kavafis, qui n'a encore jamais fait l'objet d'un article sur ce blog,
alors qu'il est le poète de prédilection de sa rédactrice !
Ce poème appartient, pourrait-on dire, à la lignée des poèmes politico-historiques de Kavafis :
regard moraliste incisif porté sur le fonctionnement des sociétés, sur les grands de ce monde et les "autres",
à la façon de Théophraste, l'inspirateur de La Bruyère, et de Montaigne.
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De Konstantinos Kavafis (Alexandrie 1863 - Alexandrie 1933) / Κωνσταντίνου Π. Καβάφη
Dans une grande colonie grecque, 200 av. J.-C. / Εν μεγάλη Ελληνική αποικία, 200 π.Χ.
Que les choses n'aillent pas à souhait dans la colonie Ότι τα πράγματα δεν βαίνουν κατ' ευχήν στην Αποικία
il n'y a pas, à cet égard, le moindre doute δεν μέν' η ελαχίστη αμφιβολία,
et en dépit du fait que nous avançons quelque peu, και μ' όλο που οπωσούν τραβούμ' εμπρός,
peut-être, comme plus d'un le pense, le moment est-il venu ίσως, καθώς νομίζουν ουκ ολίγοι, να έφθασε ο καιρός
de faire venir un Contrôleur pour réformer l'Etat. να φέρουμε Πολιτικό Αναμορφωτή.
Mais l'ennui, la difficulté Όμως το πρόσκομμα κ' η δυσκολία
c'est qu'ils font toute une histoire είναι που κάμνουνε μια ιστορία
pour la moindre chose, ces Contrôleurss μεγάλη κάθε πράγμα οι Αναμορφωταί
(quel soulagement ce serait αυτοί. (Ευτύχημα θα ήταν αν ποτέ
si l'on pouvait s'en passer). Pour chaque chose, δεν τους χρειάζονταν κανείς). Για κάθε τι,
pour le plus infime détail, ils interrogent, ils examinent, για το παραμικρό ρωτούνε κ' εξετάζουν,
et aussitôt ils échafaudent des réformes radicales κ' ευθύς στον νου τους ριζικές μεταρρυθμίσεις βάζουν,
exigeant qu'on les applique sans délai. με την απαίτησι να εκτελεσθούν άνευ αναβολής.
En plus, ils aiment bien imposer des sacrifices. Έχουνε και μια κλίσι στες θυσίες.
Défaites-vous de ce territoire, Παραιτηθείτε από την κτήσιν σας εκείνη·
votre implantation est précaire : η κατοχή σας είν' επισφαλής:
ce sont de telles possessions qui ont ruiné les colonies. η τέτοιες κτήσεις ακριβώς βλάπτουν τες Αποικίες.
Défaites-vous aussi de cette source de revenu Παραιτηθείτε από την πρόσοδον αυτή,
et de cette autre encore qui lui est liée κι από την άλληνα την συναφή,
et de cette troisième, sa conséquencenaturelle : κι από την τρίτη τούτην: ως συνέπεια φυσική·
elles sont essentielles, mais qu'y faire ? είναι μεν ουσιώδεις, αλλά τι να γίνει;
elles vous créent des responsabilités néfastes. σας δημιουργούν μια επιβλαβή ευθύνη.
Et plus ils avancent dans leur enquête, Κι όσο στον έλεγχό τους προχωρούνε,
plus ils trouvent du superflu à éliminer, βρίσκουν και βρίσκουν περιττά, και να παυθούν ζητούνε·
des dépenses qu'on a vraiment du mal à supprimer. πράγματα που όμως δύσκολα τα καταργεί κανείς.
Et quand, par bonheur, ils ont terminé leur travail, Κι όταν, με το καλό, τελειώσουνε την εργασία,
et qu'après avoir tranché et rogné toute chose par le menu, κι ορίσαντες και περικόψαντες το παν λεπτομερώς,
ils s'en vont, empochant les honoraires qui leur sont dus, απέλθουν, παίρνοντας και την δικαία μισθοδοσία,
il faut voir ce qui reste, après να δούμε τι απομένει πια, μετά
cette chirurgie implacable. -- τόση δεινότητα χειρουργική.--
L'heure n'est peut-être pas encore venue. Ίσως δεν έφθασεν ακόμη ο καιρός.
Ne nous hâtons pas : la hâte est chose dangereuse. Να μη βιαζόμεθα· είν' επικίνδυνον πράγμα η βία.
Les mesures prématurées apportent le repentir. Τα πρόωρα μέτρα φέρνουν μεταμέλεια.
Oui, bien des choses, malheureusement, laissent à désirer
[dans la Colonie Έχει άτοπα πολλά, βεβαίως και δυστυχώς, η Αποικία.
Mais, y a-t-il rien d'humain sans défaut ? Όμως υπάρχει τι το ανθρώπινον χωρίς ατέλεια;
Et finalement, eh bien, nous continuons à avancer. Και τέλος πάντων, να, τραβούμ' εμπρός.
(Publié en 1928).
Pour les hellénistes :
J'ai respecté la mise en page et l'orthographe de l'édition Savvidis : il n'y a donc pas d'erreur !
La langue de Kavafis peut surprendre les néohellènistes qui ne connaissent pas le grec ancien : ces derniers, en revanche, pourront y reconnaître des formes : les participes par exemple. Pour autant, Kavafis ne s'interdit absolument d'employer le participe "moderne" invariable. Rien de systématique donc dans l'utilisation qu'il fait des archaïsmes.
Sur le lien ci-dessous, vous pouvez entendre la lecture que fait de ce poème G. Savvidis le grand spécialiste de Kavafis.
http://www.kavafis.gr/poems/content.asp?id=59&cat=1
M.R.
